« LA PEAU DES CHOSES OU L'ASPIRATEUR ET LE COSMOS »

Avant propos des artistes :

« La peau des choses ou l’aspirateur et le cosmos forme pour nous un espace où prend corps une sensibilité qui nous est commune.

Nous pensons qu’il y a lieu de remettre l’homme en relation avec ce grand tout qu’est le « cosmos », au sens d’un ordonnancement de l’univers où chacun trouverait sa place et où la beauté proviendrait du lien entre les choses.

Nous sommes entourés de choses, celles-ci doivent être pensées en tant que choses ouvertes, en tant que partie et tout, et ne sont saisies que dans le sensible.

Penser la chose en tant qu’elle est ouverte, en tant qu’ensemble et fragment, c’est pour nous tenter de retrouver autrement le monde présent dans et entre chaque chose : dans le tas de terre, dans l’aspirateur, dans le pépin, dans l’espalier, dans le corps, dans la pomme, dans l’exercice physique, dans l’œuf, dans le jardin, dans l’outil, dans le tapis, dans la pile, dans la représentation, dans la roue de vélo, dans la machine à laver, dans la nature, dans l’objet, leur bruit, leur silence, chez l’homme, chez l’animal.

Nous vivons du sensible, et c’est par celui-ci qu’une réconciliation nous semble possible sans hiérarchie aucune : entre l’homme et l’animal, entre l’homme et l’objet, entre l’objet et l’animal, entre l’objet et la plante, entre la plante et l’homme. La peau des choses ou l’aspirateur et le cosmos est un dispositif d’égalisation par lequel nous espérons faire jaillir le relief de chacune des choses, sans classer, ni par genre, ni par espèce.

La peau des choses ou l’aspirateur et le cosmos procède d’un « bord à bord », sous la forme de différents dispositifs d’activités, au sein du super-organisme qu’est le site d’ARTEM.

Notre geste artistique ne consiste pas à proposer de nouvelles formes mais à compléter l’existant : il s’agit pour nous de s’intégrer, de se greffer sur le site ARTEM, tant à sa visée, à son architecture qu’à son activité humaine.

Ce geste se manifeste à plusieurs niveaux par la transformation et la réappropriation d’éléments architecturaux du site ARTEM et par des interventions en intérieur comme en extérieur, formant des espaces concrets réunissant des activités a priori non liées, qui mêlent à la fois l’homme, l’animal, l’objet, la plante pour une recherche d’intensification de l’expérience personnelle et intime. Un geste qui opère également par emboîtement et par greffe et joue de l’apparition et la disparition des formes au profit de l’expérience. »

Michel Blazy & Djamel Kokène-Dorléans

 

Dans le cadre du 1% artistique du campus ARTEM-Institut Jean Lamour, Michel BLAZY et Djamel KOKÈNE-DORLÉANS proposent une œuvre collaborative qui se greffe à la vie du site et à celle du quartier.

« La peau des choses ou l’aspirateur et le cosmos », transcende la notion usuelle d’œuvre, et notamment celle du 1% artistique et sa tendance généralisée au pérenne et au monumental, en une proposition éclatée, évolutive, organique et dépendante de son activation par l’usage, en écho à la philosophie d’ARTEM.

Proposition plurielle et fragmentée, l’œuvre consiste en la mise en réseau et l’activation de dispositifs pensés comme des lieux d’activités, reliant le dedans et le dehors en un écosystème basé sur l’interrelation de ces nouveaux pôles. Pensée comme itérative, l’œuvre consiste en une injonction initiale qui ne prendra sa consistance que par son activation par les utilisateurs du site dans leur diversité.

Le geste artistique s’apparente à une fusion de données et de formes nouvelles à l’équilibre existant selon une logique accrémentale, se refusant à dénaturer un écosystème en place, et s’insérant dans l’équilibre du milieu. Discrète, l’œuvre tend à se fondre dans le contexte du site, afin d’embrasser ses spécificités, de jouer avec sa morphologie, et d’accompagner ses mutations successives. Aussi les données contextuelles du site ARTEM, du bâti à l’humain, sont-elles constitutives de ce geste artistique protéiforme, mêlant le dehors et le dedans en écho constant à la morphologie architecturale du site. 

Mise en relation d’espaces concrets réunissant des activités à priori non liées, mêlant l’activité humaine à l’animal, l’objet ou la plante dans une symbiose renouvelée, la proposition va dans le sens d’une intensification de l’expérience personnelle. Ce geste, qui opère par emboîtement et par greffe et qui joue de l’apparition et de la disparition des formes au profit de l’expérience s’apparente à un paysage mutant, en recomposition constante, en fonction de ses usages. Tel programme se matérialise dans la réalisation et la mise en réseau de six dispositifs pensés comme autant de lieux d’activités, à l’échelle du site ARTEM.

Ce sont des échos, dialogues et interrelations entre ces divers dispositifs que l’œuvre tire sa substance, dans une mise en réseau de ses différentes composantes et l’alchimie nouvelle qu’elle suggère. C’est la mise en relation de pôles distincts et d’énergies variables qui confère à la proposition sa densité signifiante.

L’œuvre envisagée ne l’est pas comme finie, définitive puisque c’est par les usages qu’elle induira que son activation pourra se faire. En connectant des espaces à des activités potentielles, en suggérant des usages quand les usages suggèreront sa forme, la présente proposition est en prise avec les différents acteurs du territoire, et leur appropriation des dispositifs. « L’aspirateur et le cosmos » se conçoit comme une dynamique évolutive, où la proposition initiale est amenée à fluctuer, tel un organisme, en fonction des désirs, usages et activités qu’elle génère. Conçue pour intégrer sans le dénaturer un écosystème, la morphologie de l’œuvre, ainsi que son sens, fluctueront avec lui.  

• l’essaimage de plaques de regard dorées à la feuille, « Les ronds d’or », sur le site ARTEM, dans l'agglomération de Nancy et au-delà ;
• un marché des objets d’occasion, « Vanity Market », dans la grande galerie verrière ;
• un jardin partagé, « Îles flottantes », sur les espaces libres du site et les « délaissés » des chantiers ;
• des ruches dans un atelier de réparation d’objets, « Second Life », dans un des édicules de la grande galerie verrière ;
• un atelier d’entretien du corps dans un poulailler, « Chair de poule », édicule dupliqué et situé sur la Plaine des loisirs ;
• un site Internet (« La peau des choses ou l’aspirateur et le cosmos »).

Dispositif

Chacun de ces dispositifs a sa particularité formelle, esthétique et fonctionnelle. Ils ont été pensés dans une perspective évolutive et de phasage en adéquation avec la mise en œuvre actuelle de construction du site d’ARTEM et se présentent comme des espaces où s’entremêlent de manière intime ou distanciée l’homme, l’animal, la plante et l’objet.
leur accès profite aussi bien aux usagers du site (étudiants et enseignants, chercheurs, ingénieurs) qu’aux habitants de la ville (commerçants, associations, particuliers, familles, écoles, riverains) et leur gestion s’appuie sur les forces vives que sont les associations présentes sur le site et dans le Grand Nancy.